Retour d’expérience sur l’utilisation de l’aromathérapie en complément de l’allopathie dans un établissement de santé mentale.

Retour d’expérience sur l’utilisation de l’aromathérapie en complément de l’allopathie dans un établissement de santé mentale.
6 juillet 2021 Anne-Laure

Retour d’expérience sur l’utilisation de l’aromathérapie en complément de l’allopathie dans un établissement de santé mentale

Utilisation de l’aromathérapie en établissement

Retour d’expérience de Valérie Amblot, aide-soignante exerçant les fonctions de socio-esthéticienne et d’assistante dentaire et de réflexologie faciale au Nouvel Hôpital de Navarre (santé mentale) à qui a suivi la formation d’aromathérapie scientifique il y a 6 ans.

Après la mise en pratique auprès des patients de l’hôpital elle nous présente les résultats de l’équipe auprès de certains patients sélectionnés par le médecin référent pour faire partie des prises en charge aromatiques.

Comment vous organisez vous ?

C’est sur la prescription du médecin référent que les patients me sont adressés via l’intranet.
Je peux ainsi vérifier les traitements et contre-indications (hypertension, hypotension, cancer, épilepsie, allergies) et personnaliser le choix des huiles essentielles pour chaque patient.
Ensuite je vais voir les équipes des services pour qu’elles appliquent les mélanges. Tous les trimestres nous faisons une réunion pour faire un point sur les résultats et le suivi.

Quatre personnes dans les différents services m’épaulent pour faire le lien avec les équipes de nuit, rappeler aux soignants l’application de l’aromathérapie pour certains patients, faire un point sur les stocks et remonter les résultats.
Chaque utilisation aromatique est précisée sur leur fiche patient.

Pour les soins esthétiques et la réflexologie faciale, j’ai à disposition une pièce destinée. J’y pratique les soins classiques comme les épilations, le maquillage, les soins du visage, les modelages pour l’apaisement et l’image corporelle et ressentir les limites de son corps. Je travaille en intra comme en extra hospitalier (CATTP et HJ).

Comment utilisez-vous les huiles essentielles avec l’équipe ?

Les huiles essentielles sont utilisées principalement par voie olfactive et cutanée.

  • En olfaction :
    • vaporisation d’un mélange aromatique
    • désodorisant atmosphérique des chambres et couloir
    • brume d’oreiller pour l’endormissement des patients agités

    Nous n’avons pas de diffuseurs.

  • Par voie cutanée : application d’un mélange
    • pour l’apaisement
    • contre la constipation
    • contre les douleurs musculaires

    Un test cutané est systématiquement effectué la veille.
    L’application a lieu une fois par jour, sur de petites zones, d’où le choix d’une concentration plus élevée (10 à 20%) mais réduite dans le temps.

Peux-tu nous présenter l’évaluation de ce projet et des différents objectifs de prise en charge au sein de la MAS le Saule (service pilote) ?

Objectif 1 : l’aromathérapie pour limiter les phénomènes de constipation chez 6 résidents dont 2 sujets à des fécalomes sévères

Pour cela , j’effectue un mélange à 15% dilué avec des huiles végétales, appliqué une fois par jour le matin (environ 1 à 2ml du mélange) en massage, une semaine par mois. Les huiles essentielles de gingembre, de basilic tropical , de mandarine et de citron sont utilisées.

Résultats

Nous constatons dans la traçabilité des selles que tous ont des selles plus régulières et normales au 10e jour du mois après application des huiles essentielles en début de mois. Nous observons également des épisodes de constipation sont moins importants.

De manière ponctuelle, le mélange aromatique associé au massage du colon se montre efficace en phase critique (maux de ventre, absence de selles, ventre dur) pour apaiser la douleur et faire aller la personne à la selle. Les laxatifs prescrits per os (movicol, transilane, lansoy) sont tout de même utilisés.

Pour les deux résidents concernés par les fécalomes, ceux -ci sont de plus en plus rares ce qui pourrait être lié à l’utilisation mensuelle du mélange aromatique en association avec une bonne hydratation. Nous ne faisons donc plus appel aux lavements de type normacol ou de suppositoires à la glycérine ou de grands lavements au gros sel, très invasifs et potentiellement mal vécus par les patients/résidents.

Objectif 2 : l’aromathérapie pour favoriser l’endormissement

La brume d’oreiller avec les huiles essentielles de lavande vraie, de marjolaine à coquilles, d’ylang ylang, de camomille noble et de ravintsara a été choisie. Elle est proposée systématiquement et vaporisée sur l’oreiller au moment du coucher pour deux patients.
Si le patient est agité, nous lui proposons une crème aux huiles essentielles de bergamote, nard de l’Himalaya, basilic tropical, petit grain mandarine et eucalyptus citronné, appliqué sur la poitrine ou le plexus ou les poignets en fonction de ce que le patient permet (diluée à 20%).

Résultats

Pour le premier patient, depuis l’utilisation de la brume d’oreiller et de la crème sur plusieurs mois, nous constatons des nuits calmes et un sommeil effectif. Ses nuits étaient extrêmement compliquées avec de insomnies accompagnées d’état d’agitation nocturne sévère perturbant le sommeil des résidents. Ce résident par ailleurs avait inversé son cycle nyctéméral, solutionné par cette méthode. L’utilisation des hypnotiques est quasiment absente.
Pour le deuxième patient, l’évaluation de l’efficacité de la prise en charge aromatique est impossible. Ce résident n’a plus de prescription de neuroleptique depuis plusieurs années en raison de ses antécédents médicaux et les troubles du comportement importants rendent les résultats aléatoires. Néanmoins, l’utilisation des huiles essentielles permet à l’équipe de continuer à proposer des alternatives de soins et donc de maintenir une dynamique de prise en charge.

spray huiles essentielles

Objectif 3 : l’aromathérapie pour les douleurs menstruelles d’une résidente

Pour une résidente, le mélange utilisé sur les quelques jours des règles est efficace (HE menthe poivrée, ESS bergamote, HE sauge sclarée, HE camomille romaine, diluées à 10%). La douleur provoque chez elle une hétéro-agressivité.

Résultats

Depuis la mise en place des huiles essentielles pour cette indication, les passages à l’acte ont quasiment disparu. Les traitements allopathiques ont été maintenus pour la douleur et leur efficacité est optimisée depuis l’association avec l’aromathérapie.

Objectif 4 : l’aromathérapie pour l’apaisement des patients agités

L’application cutanée sur les poignets ou la poitrine d’un mélange à base d’HE de nard, ESS mandarine, HE marjolaine à coquilles, HE lavande vraie, HE ravintsara est proposée pour les résidents de la MAS le Saule et des patients du NHN.

Résultats

Un patient autiste est notamment très demandeur pour son application sur les poignets et je dois lui prévoir son mélange si je pars en vacances sinon il le réclame !
Lors de l’application sur les poignets, je montre aux patients comment respirer le mélange aussi. L’association de l’aromathérapie avec les autres prises en charge pour l’apaisement montre moins de passages à l’acte.
Les huiles essentielles sont également utilisées pour lutter contre les angoisses. Les patients qui en bénéficient expriment un mieux être mais nous n’avons pu le confronter aux observations réalisées par les soignants.

huile essentielle ravintsara

Objectif 5 : l’aromathérapie pour soulager les douleurs musculaires

Occasionnellement un mélange pour soulager contre les douleurs des résidents de la MAS le Saule et aux patients NHN est proposé en complément de la mésothérapie et des anti-inflammatoire. Suivant les patients et les contre-indications observées (allergie à l’aspirine, épilepsie, cancer) et selon les douleurs et les antécédant je vais proposer l’HE d’oliban, de gaulthérie couchée, d’eucalyptus citronné, de camomille noble, d’ylang ylang, d’épinette noire, de katafray, de cajeput ou de cardamome.
Un mélange à 20% appliqué une fois par jour est proposé.

Résultats

Les retours sont très bons sur le soulagement des douleurs.

Aromavigilance : as-tu observé durant ces 6 années des effets indésirables avec les huiles essentielles ?

Non aucun. Les antécédents médicaux, les traitements et allergies sont vérifiées pour sélectionner les huiles essentielles. Un test cutané est systématiquement réalisé la veille.

Quelle est ta conclusion ?

Bien que ne pouvant chiffrer précisément l’efficacité des huiles essentielles à la MAS, les professionnels s’accordent à dire que leur utilisation est un bienfait pour les résidents. Au-delà de réelles améliorations de leur état de santé, l’aromathérapie permet de soulager les patients, de développer des moments privilégiés et favorise le renforcement du lien soignant-soigné, permettant également de créer des temps de présence et d’échanges fondamentaux en santé mentale. De plus, la technique du toucher-massage adressée à un public présentant à 100% des carences affectives et n’ayant pour la plupart jamais eu de contact est rassurante et adaptée au contexte d’une maison d’accueil spécialisée.

Enfin je souhaiterais remercier toute l’équipe pluriprofessionnelle de la MAS le Saule pour leur investissement car malgré la lourde charge de travail auprès de 25 résidents demandant une présence importante, l’équipe s’est investie et a pris le temps nécessaire pour le suivi des techniques à base d’huiles essentielles.

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