Retour d’expérience sur l’utilisation de l’aromathérapie dans le cadre d’addictions aux drogues

Retour d’expérience sur l’utilisation de l’aromathérapie dans le cadre d’addictions aux drogues
1 décembre 2021 Anne-Laure

Retour d’expérience sur l’utilisation de l’aromathérapie dans le cadre d’addictions aux drogues

L'aromathérapie dans le cadre de l'addiction aux drogues

Nathalie Candelier, infirmière dans un centre d’accueil nous expose son expérience auprès d’usagers de drogue et comment elle les aide avec les huiles essentielles

Bonjour Nathalie, pouvez-vous vous présenter et dire où vous travailler et ce que vous faites ?

Je travaille comme infirmière dans un CAARUD à Lille Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques des Usagers de Drogue. Nous accueillons les consommateurs de drogue et d’alcool, l’après-midi et sur un hébergement d’urgence. Je travaille avec une équipe éducative pour l’accueil des personnes, la gestion des consommations et la réduction des risques liés à ces consommations.

En tant qu’IDE, je prodigue les soins aux usagers. Ils peuvent êtres somatiques, liés aux infections ou à la vie précaire dans la rue (soins de pied, plaies suite aux agressions, douleurs diverses, pathologies de l’hiver, soins de peau etc…). Je suis confrontée aussi à la demande de soins relevant du psychisme, anxiété, dépression, craving, angoisse, insomnies, addiction.

Dans quels cadres utilisez-vous les HE auprès de vos résidents ?

Avant de démarrer, vous aurez besoin de suivre une formation en aromathérapie scientifique et émotionnelle subtile.

J’utilise les HE dans le cadre de ma mission d’infirmière et suite à mon DU d’aromathérapie (mai 2019). Je les utilise essentiellement en olfacto dans le cadre de séances individuelles ou collectives. Mais aussi pour tous les soins des maux de la rue. Un projet est en cours pour les utiliser dans le cadre de l’hébergement en diffusion la nuit. Cela pour faciliter le sommeil d’un public anxieux et consommateur de produits.

Axe principal : agir sur l’anxiété, l’angoisse

L’anxiété, l’angoisse sont des problèmes rencontrés tous les jours au CAARUD.
À la demande des usagers, je propose des huiles essentielles anxiolytiques à utiliser en olfaction. J’utilise principalement la lavande.
En cas de crise, deux gouttes d’HE sur chaque poignet, à respirer longuement et profondément.
En cas d’anxiété chronique, lors d’entretiens spécifiques, je réalise des sticks olfactifs avec l’usager. Nous choisissons les huiles pour leur propriété mais aussi pour leur odeur appréciée par l’usager.
Il n’y a pas de protocole défini. J’utilise dans ce cadre les huiles essentielles de lavande fine, orange douce, bergamote, marjolaine à coquilles, petit grain de bigarade, mais aussi celles de pin sylvestre , menthe poivrée, cannelle écorce.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Les HE auprès des usagers de drogue, rencontrent beaucoup de succès, ils en redemandent ; elles agissent temporairement sur leur stress. Elles offrent un bien-être et une solution qui se substitue aux médicaments allopathiques souvent surconsommés. Certains disent que cela leur évite de prendre un comprimé supplémentaire de VALIUM.

Pouvez vous nous présenter des cas de personnes que vous avez aidé avec l’aromathérapie ?

Mr X est un gros consommateur de cocaïne et d’héroïne. Il est dépendant, s’injecte et fume les produits. Très fragile sur le plan psychique, il fait de très grosses crises d’angoisse et de panique.
Il vit dans la rue et son comportement devient parfois agressif quand il n’a pas ce qu’il veut. Il hurle, ne s’arrête pas de parler et peut insulter celui qui est à côté de lui.
La lavande que je lui mets sur le poignet le calme tout de suite, la sentir est l’occasion d’apprendre à respirer profondément et le calme. Il aime cette odeur qui lui rappelle ses 14 ans et son amoureuse me raconte-t-il.
Plus tard je lui propose de lui faire un stick qu’il pourra respirer à chaque fois qu’il sent l’angoisse revenir. Il accepte de suite et le prends.
Les jours suivant je le revois. Il le « sniffe », ça lui fait du bien, il sourit , il ne me parle que de ce stick, consomme moins me dit-il.
Les jours suivant les autres usagers viennent me voir : eux aussi veulent leur stick !

Constat : la lavande le soulage sur le champ et lui fait du bien. Bien sûr ses problèmes ne sont pas résolus et très vite il retombe dans le stress et son comportement s’en suit. Pour ce monsieur, un suivi en olfactothérapie serait un outil de plus pour l’aider à sortir de son addiction. Cependant actuellement avec l’aroma, il est dans une démarche positive avec moi et réfléchit pour aller en cure.

Le cas du sevrage du klipal codéiné (à base de paracétamol et de codéine)

Ce cas a fait l’objet de mon mémoire et a été le début de la prise en charge de mes usagers avec l’aromathérapie. Bruno a été mon premier cas. Et les résultats ont été très encourageants.

Bruno est venu au CSAPA (centre de soins et de prévention pour les addictions) pour prendre en charge sa dépendance à l’héroïne. Il présente également un SDRC (syndrome douloureux régional complexe, anciennement appelé algoneurodystrophie) depuis 2017 avec des douleurs qu’il qualifie d’insupportables. Cette situation crée chez lui une anxiété importante et sans doute une perception plus grande encore de ses douleurs qu’il calme avec une surconsommation de klipal. Les problématiques se corrèlent entre elles et créent un cercle vicieux dans lequel Bruno s’enferme. Le traitement actuel ne suffit pas pour qu’il se sente mieux.
Pour autant, je constate qu’il met beaucoup de choses en place pour s’en sortir. Il écoute les professionnels, honore ses rendez-vous et essaie de faire ce qu’on lui demande. Il est extrêmement volontaire et veut reprendre le travail et une vie « normale ».
Il est en demande de tout ce qui peut le soulager et l’aider dans l’arrêt du klipal. Le premier entretien au cours duquel nous avons abordé les huiles essentielles et les plantes a été révélateur pour lui. Il s’est montré très intéressé par l’aromathérapie et a désiré profiter de mes nouvelles connaissances pour être aider dans le traitement de ses douleurs et de sa dépendance.

Vu la complexité du problème de Bruno et les problématiques qui se corrèlent, l’objectif de la prise en charge en aroma fut d’agir sur le cercle vicieux dans lequel il était inscrit, à commencer par la baisse de ses consommations de klipal (Risque d’overdose aux opiacés et risque d’hépatotoxicité a cause du paracétamol) en diminuant ses douleurs.
Puis d’agir sur son anxiété qui elle-même augmente les douleurs inexpliquées scientifiquement et qui le pousse à consommer des produits opiacés. Enfin, agir sur le craving, vecteur de sa dépendance.

Schéma de l'action des huiles essentielles contre la douleur et l'anxiété

1) Diminuer la douleur : même si elle était prise en charge par la kinésithérapie, la cryologie, le traitement par le klipal, les douleurs persistaient, essentiellement la nuit. Il faut dire que Bruno développe une certaine tolérance aux opiaces
2) Réduire l’anxiété liée à sa situation familiale
3) Diminuer l’envie de consommer. Prendre en charge les moments de craving, faire leurre avec le produit.

L’idée n’était pas de mettre en concurrence les Huiles essentielles avec le traitement actuel, mais de proposer à Bruno de prendre soin de lui avec les huiles essentielles, de lui donner goût à les utiliser.
De notre côté et avec les connaissances acquises pendant ma formation j’ai essayé d’agir sur ses douleurs, son anxiété et ses moments de craving en donnant de l’importance aux molécules, mais aussi aux modes d’administration et aux entretiens, afin que ces moments deviennent un plaisir pour lui.
Le plaisir étant le meilleur des substituts aux drogues !!!

Quelles huiles essentielles avez-vous choisies d’utiliser pour diminuer la douleur ?

Une synergie de 5 huiles essentielles a été choisie diluée a 10% dans de l’huile végétale de calophylle. J’aurais été tentée d’augmenter le pourcentage étant donné l’intensité des douleurs mais compte tenu de la chronicité de la douleur, je suis restée prudente, d’autant plus que plusieurs études prouvent que ce n’est pas la proportion qui fait l’efficacité.
Je compte aussi sur la potentialité des huiles entre elles et le bien- être que procure le massage en lui-même.

La synergie :

  • HE lavande fine 90 gouttes
  • HE gaulthérie couchée 40 gouttes
  • HE poivre noir 30 gouttes
  • HE lemon grass 70 gouttes
  • HE hélichryse italienne 30 gouttes
  • HE romarin camphré 40 gouttes
  • Hv calophylle 20 mn
  • Hv macadamia 70 ml

Posologie : une demi cuillère a café de ce mélange 3 4 fois par jour à utiliser en massage sur le pied durant 3 semaines dans un premier temps, 5 jours sur 7.

Quelles huiles essentielles avez-vous choisies d’utiliser pour diminuer le craving et l’anxiété ?

Pour plusieurs raisons j’ai choisi l’olfaction au moyen de sticks olfactifs.

  • Frédéric aime sentir les fleurs du jardin de son père,
  • le geste de sentir rappelle le geste de sniffer et peut faire leurre,
  • il est facile à utiliser,
  • il agit sur le cerveau limbique celui des émotions,
  • et aussi pour l’aspect psychologique de l’odeur aimée qui peut faire office d’odeur d’ancrage et créer un climat de sécurité nécessaire à Fréderic qui vit dans sa voiture.

Nous avons fait 2 sticks : un pour l’anxiété et l’autre pour le craving tout en sachant qu’il les utilisera comme il le souhaite.

Stick de l’envie :

  • 10 gouttes d’ESS bergamote
  • 5 gouttes d’HE marjolaine à coquilles

Stick contre l’anxiété

Nous avons l’avons appelé rouge gorge en référence à l’oiseau du jardin de son père.
Les huiles de ce stick ont été choisies avec Bruno pour leurs odeurs. Elles lui rappelaient l’agréable d souvenir de cet oiseau, mais aussi pour leurs propriétés sédatives et anxiolytiques :

  • Mandarine verte : 8 gouttes
  • Camomille romaine : 4 gouttes
  • Ylang ylang : 4 gouttes

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Au bout de 15 jours, Bruno ne consommait plus que deux klipal par jour et ne se réveillait plus systématiquement la nuit. Les douleurs initialement évaluées à 6 sont passées à 4, malgré la baisse des médicaments codéinés.
Les massages du pied le calment assez rapidement même si parfois les douleurs type « décharges électriques » recommencent.
En ce qui concerne la marche, il se déplace plus facilement et sa jambe est moins raide.
On peut également penser que les sticks ont été très efficaces puisque Bruno a consommé une seule fois de l’héroïne en 15 jours.
Il les a utilisés très souvent, les odeurs lui font du bien. Toutefois, il utilise le stick contre l’anxiété et celui proposé pour le craving de la même manière et les inhalent l’un et l’autre sans identifier les moments spécifiques de chacun. Il les utilise pour s’endormir et apprécie leur effet.

Indéniablement, Fréderic est plus détendu.

Malgré les résultats enthousiasmants de ces cas clinique, je reste vigilante sur la durée du traitement antalgique qui ne doit pas dépasser 2 ou 3 mois étant donné la toxicité potentielle de certaines molécules, même si elle reste hypothétiquement très relative en regard des consommations de médicaments antécédentes.
Je m’interroge également sur l’utilisation des sticks dans la durée : l’odeur doit rester attractive et ne pas lasser.

Pouvez-vous donner votre conseil à des porteurs de projet sans médecin prescripteur ?

N’ayant pas de médecin prescripteur dans l’association, je reste néanmoins prudente, quand à utiliser les huiles en application cutanée. Il m’arrive de les utiliser sur place avec une synergie d’huiles essentielle diluée avec l’huile végétale à 10 pour cent, pour des petits maux tel que hématomes, soins de pieds, entorse ou douleurs musculaire.

Je n’ai pas encore de protocole mais je note tout. J’utilise les huiles adéquates selon leur propriétés et selon mes connaissances acquises

Diffusion et sticks olfactifs à l'hôpital et en Ehpad

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